ITINÉRAIRE

Par Y. Legallois

«Toute oeuvre d'art reste un mystère, y compris pour son auteur.» Iouri Mamleïev

 

• sommaire
:: l'anecdote fondatrice
:: «je travaille pour la FXXXX»
:: repères esthétiques de la FXXXX
:: l'irruption de Kitty

 

Olos et Poulos se sont rencontré alors qu'ils étaient étudiants dans une école d'art graphique parisienne. C'est à l'occasion d'un exercice qu'ils ont jeté les bases théoriques de leur travail.


:: l'anecdote fondatrice


Au départ, un sujet d'école : Il s'agissait de concevoir le visuel de couverture de la plaquette d'un obscur syndicat professionnel. Le cahier des charges était simple : produire un A4 sur lequel figure en titre les initiales FXXXX, ainsi que la mention "profession architecte d'intérieur". Ce n'était pas qu'un exercice noté : les travaux étaient destinés
aussi à être jugés par le responsable du syndicat, qui utiliserait le travail sélectionné et décernerait un modique prix au vainqueur. Il s'agissait de toute évidence d'une utilisation abusive d'étudiants à des fins d'entraide professionnelle.

Le soir même, dans un café, les futurs OLOS & POULOS, déçus, décidèrent de tenter un hors sujet. Les conditions étaient réunies : sujet ennuyeux, professeur peu enthousiaste (ce sujet avait du lui être imposé). Pourquoi ne pas contourner les règles de l'esthétique "corporate" ? Pourquoi ne pas essayer de faire du trash non-esthétisant? Pourquoi ne pas employer des papiers gras, des tickets de caisse, des cliparts word, des calendriers de pompiers et de l'esthétique "camescope" qui constituent le véritable vocabulaire iconographique de la modernité?
Plus que par pulsion iconoclaste, cette idée était motivée par la conviction qu'en cherchant à s'éloigner le plus possibles des recettes de l'esthétique complaisante et valorisante, on rencontrerait peut-être, dans les bas-côtés et les friches de l'industrie de l'image, des émotions neuves et des beautés inattendues.
Olos conçut quelques difficultés à mettre ces principes en œuvre et baissa les bras. il faut savoir que le hors sujet mérite un zéro pointé, ce qui peut être lourd de conséquences dans le contexte d'une école fonctionnant sous le régime du contrôle continu ; mais Poulos alla au-delà du programme en présentant au jour dit, au lieu d'une, quatre images impressionnantes.

Les fameux originaux du concours de 1996.
> cliquer pour agrandir
 

A bien observer cette œuvre, on remarque que tout y était en germe : les dégradations techniques des objets représenté, une étrangeté surgie de l'objet même ou de sa disposition, des thêmes qui deviendront récurrents (animal domestique, déchet)... la pluridisciplinarité des techniques mettant en œuvre aussi bien dessin, photo, camescope et numérisation brutale d'accidents visuels, assemblés dans une science de la composition dont on ne sait si elle doit à Michel-Ange ou au métier de carreleur.

Lorsque le professeur s'approcha de la table ou ses travaux étaient déployés avec obscénité, les élèves de la promotion s'assemblèrent avec curiosité, comme des badauds autour d'un accident de la route.
Le maître observa attentivement les différentes images, dans un silence intriguant ; et se contenta de dire "Ça me fait penser à ce que font ces décadents anglais... en plus décadent." Il ne fit aucun autre commentaire, et donnna la note de 7 sur 7 au grand scandale des élèves.


:: «Je travaille pour la FXXXX»

.
Ce ne sont pourtant pas les travaux de Poulos qui furent choisis par les dirigeants de la FXXXX. Mais, peu rancunier, Poulos décida, avec Olos, de continuer à "travailler pour la FXXXX" après l'échéance (bien entendu sans leur montrer le résultat). "la FXXXX" : c'est aujourd'hui encore l'expression qu'ils emploient pour qualifier leur style, un peu comme s'il s'agissait d'une école. Par extension, Ils l'emploient aussi pour qualifier ce qui se rapproche fortuitement de leur univers.

Les premiers travaux d'Olos et Poulos respectaient scupuleusement le cahier des charges ; format A4 avec les mentions demandées. en voici quelques exemples :

Quelques images primitives
> cliquer pour agrandir

Mais ces mentions risquaient de rencontrer l'incompréhension d'un éventuel public, et l'hostilité de la "vraie" FXXXX ; aussi, quelque temps plus tard, ils les abandonnérent pour jeter des bases plus théoriques à leurs expériences.

::repères esthétiques de la FXXXX


• un vocabulaire sale et discount

Olos et Poulos puisent leur vocabulaire dans l'imagerie populaire d'aujourdhui, mais sans la complaisance que manifeste le pop-art pour les icônes de la consommation de masse. Ils recherchent davantage l'accident esthétique que l'icône magnifiée de la marchandise.
Olos et Poulos ne sont pas surréalistes : le soin harmonieux avec lequel les surréalistes marient les images est impuissant à refléter le chaos médiatico-industriel qui aboie après le consommateur-citoyen, et dans lequel il essaie néammoins de se ménager un espace fragile de bonheur.

Olos et Poulos restreignent leur vocabulaire à des images pauvres et bon marché, à l'imitation de ces tribus traditionnelles dans lesquelles la modernité a fait une brutale irruption, et qui, pour vivre, font d'une bouteille de soda une lampe de chevet. Olos et Poulos considèrent leur public comme des touristes , sachant qu'ils sont regardés comme des sauvages.

Olos et Poulos sont convaincus que ce que produit le monde moderne consistant essentiellement, d'un point de vue quantitatif, en des zones d'activité en tôle ondulée, en parkings et en émissions de télé-réalité, dès lors, vendre sous l'étiquette "contemporain" des épures esthétisantes est pour eux une escroquerie, la mission prophétique de l'artiste étant entre autres de s'inscrire avec sincérité dans son époque pour mieux atteindre l'universel.

• la non-composition
Une image non-composée n'est pas une image dont les parties sont disposées de façon aléatoire : c'est une image dont certains élément sont disposés en faisant fi des règles classiques de la composition.

Détail de l'image intitulée “Amour et Psyché".
L'oiseau en haut à droite doit de toute évidence
sa présence à la technique de la "non composition".
n-Non-composer une image (ici Suzanne et les Vieillards) peut aussi consister à utiliser des symétries rigides et injustifiées ; d'autant plus qu'ici, le sujet principal devient double et est rejeté en périphérie de l'image, là où une image académique aurait aiguillé le regard dans sa direction.

• des rapprochements elliptiques
Olos & Poulos ne méprisent pas l'abstraction mais n'y voient qu'une discipline décorative. Pour eux, il s'agit bien de raconter des histoires même si celles-ci sont difficilement transcriptibles par d'autres procédés narratifs que ceux de la FXXXX. Ces histoires naissent de rapprochements visuels.

 

De façon elliptique, cette composition suggère l'idée d'un outil intermédiaire entre l'objet et les images, ainsi que le cadre dans lequel ce rapprochement est possible. L'auteur de l'acte auquel renvoie ce rapprochement se confond avec le regard du spectateur de l'image, à cause du caractère macroscopique de l'objet présenté et de son orientation ; Si c'est ici un rapprochement évident, d'autres productions d'Olos et Poulos sont beaucoup plus hermétiques à un premier regard décuplant les possibilités d'interprétation et la palette d'émotions suggérées; leur légitimité ne dépend que de la perméabilité de l'esprit du spectateur à la grammaire visuelle de la FXXXX.

Ces principes restent des jalons structurels susceptibles d'être dépassés, la substance même de la FXXXX relevant de la mystèrieuse concordance de vues d'Olos et Poulos.

:: l'irruption de Kitty

«Est-ce que l'art est autre chose qu'un aveu de notre impuissance ? » se demandait Wagner dans la préface de son Siegfried.
Face à cette incapacité à croire en ses propres moyens, l'artiste recherche à s'assujetir à une égérie, à puiser une son inspiration chez une muse.

Olos et Poulos ont rencontré la leur en 2001 avec Kitty.

Kitty est un petit chat en caoutchouc rouge trouvé dans une boutique nommée "Tout à dix francs".
En l'adoptant, Olos et Poulos ont rencontré un être merveilleux qui concentre dans la simplicité et le caractère inédit de sa silhouette l'idéal de l'objet improbable. Kitty est l'incarnation (doublement) plastique de la FXXXX.

L'attitude de Kitty, dans "Kitty's first day at home" , composé le jour de la rencontre, renvoie à celle des personnes qui, photographiées à l'improviste, offrent à l'objectif un regard vierge de toute communication autre que la manifestation de son être, se contentant de dire à la posérité "je suis là" et de manifester son insersion sociale par un geste d'affection.

Il y a aussi, chez Olos & Poulos, un sentiment d'identification à Kitty. Kitty est un mystère ; le processus historique qui a permis son existence est incompréhensible, à moins d'imaginer une suite d'erreurs.
Apparue soudainement dans un magasin comme une marchandise unique, et disparue aussitôt, elle est à la production de marchandises ce que le bug est au fonctionnement ordinaire d'un programme. Objet inadapté, inutile, ne correspondant à aucune des catégories esthétiques à l'interieur desquelles n'émergent que les productions les plus standard, elle renvoie au hasard qui fait naître les hommes pourvus de telles ou telles qualités, pas forcément en adéquation avec ce que demande ce grand marché de «ressources humaines» qu'est la société contemporaine. Mais cette originalité,cette différence rejetée par les commerçants, assumée, sublimée, mise en scène par Olos & Poulos devient l'occasion pour eux d'inviter à porter un regard neuf et sympathique sur ce qui aurait dû ne jamais être.

retour exposition
retour accueil